Je crois que ce qui fait mal aussi, c'est que je suis jalouse de sa nouvelle Apolline. Pour avoir connu Maurice dans ses périodes amoureuses, c'est un bonheur : petites attentions, tendresse, surprises (genre tu rentres d'une journée de 10h de boulot, il t'attends chez toi tout nu sous un tablier en train de cuisiner), il met des mots sur ses sentiments, te dit à quel point tes caresses l'électrisent, ses caressent t'électrisent aussi, chaque nuit est exceptionnelle...
     Me dire que je vivais tout ça il y a une semaine, et que là c'est fini, c'est déjà inacceptable. Mais alors, me dire que c'est une autre qui récolte tout cet amour, ça m'arrache encore plus le cœur. L'impression qu'on m'a arraché un bras à main nu, et qu'on me dise de continuer de vivre comme ça, comme si de rien n'était, en oubliant que j'avais un autre bras un jour, et en oubliant la plaie béante.

     Je ne peux m'empêcher de m'imaginer les moments qu'ils passent ensemble. Et en plus, sans vouloir faire dans le cliché, elle a quand même quelques années de moins que lui (il a 28 ans, comme moi, et Apolline 21...), j'imagine qu'il pourra faire un peu ce qu'il veut d'elle. C'est à dire qu'il est tellement extraordinaire qu'on lui passe beaucoup de chose (comme je l'ai fait pendant des années, comme Georgette l'a fait pendant des années), donc, s'il n'appelle pas souvent, ou ne décroche pas toujours son téléphone, s'il disparaît pendant une semaine, je suis sûre que la nouvelle Apolline ne dira rien et prendra son mal en patience, tellement heureuse et comblée des moments passée avec Maurice.
     Je me rends compte que je parle d'elle comme si elle réagissait exactement comme moi. En effet, ça ne sera pas forcement le cas, je n'en sais rien. Mais j'imagine que son jeune âge la rend plus malléable. Je me souviens qu'à 21 ans, je sortais à peine de l'œuf, et je courrais tellement après l'amour que j'aurais accepté à peu près n'importe quoi...
     Et puis, il y a aussi l'autre hypothèse, non moins réjouissante, c'est que l'amour donne des ailes à Maurice et qu'il change : qu'il devienne le genre de mecs à envoyer plusieurs textos par jour, qu'il prévoit des choses plus de 48h à l'avance, bref, qu'il se stabilise. Et ça, ça me rend encore plus malade. Parce que pour moi, ça voudrait dire que c'est elle "la bonne", et que moi je n'était qu'une amourette en attendant. Que là, il a compris le vrai sens de l'amour et qu'il va changer du tout au tout; tout en restant lui même (oui, c'est complexe, mais sinon, ça n'a plus d'intérêt).

     Arf... En même temps, c'est dur à croire que Maurice se stabilise complètement. Pour avoir quelques notion de psycho, et connaître le bestiau, y'a quand même fort à parier que son mal-être va réapparaitre un jour, qu'il aura besoin d'un peu d'autodestruction. Sauf si Apolline lui fait découvrir les joies de la résilience. Fuck, je croyais que c'était moi qui était en train de le faire...

     Bref, vous voyez ce billet, c'est un échantillon de ce qui se passe dans ma tête en ce moment : du grand n'importe quoi, des sentiments contradictoires, des tentatives d'explication, des films en tous genre... Le bordel quoi...